3/06/2009

J’ai vu "Entre les murs"

L’an dernier, "Entre les murs" recevait l’ultime récompense du cinéma d’auteurs : une Palme d’or au Festival de Cannes. L’évènement fut grandement médiatisé car cela faisait plus de 20 ans que ce prix n’avait plus été attribué à un réalisateur français. Mais également car le sujet du film, l’enseignement dans un collège de banlieue, est sans doute aussi chaud dans la société française que le quartier dans lequel le film a été tourné.

Au départ, ce film est assez séduisant par sa volonté d’être le reflet le plus juste possible d’une réalité de la société française : le défis pour l’école laïque de la république de gérer une population multiculturelle dans un cadre de ségrégation sociale (la banlieue). Cette préoccupation passe par le choix des acteurs, qui tiennent des rôles qu’ils occupent également dans le monde réel (le rôle du prof est joué par un ancien prof, ceux des élèves, par des jeunes issus des ces quartiers,...), mais également par la manière de filmer qui se rapproche assez fort de celle des documentaires avec des plan caméra à l’épaule ou qui ont l’air d’avoir été capturés sur le vif, ou encore par les décors, les dialogues,... qui semblent parfois plus vrais que nature.

Mais, ce film m’a laissé un goût amer, au fond. Certaines scènes interpelantes se sont rejouées dans ma tête sans bien que j’en comprenne le sens. Jusqu’au moment où je me suis rendu compte de ce qui clochait : personne dans ce film ne peut donner de sens à ce qu’il fait ! Personnes n’essaye de le faire, même. Et les profs ne parlent jamais à leurs élèves des raisons de leurs présences à tous. QUi a dit qu’on apprend à comprendre le monde à l’école ?

Les élèves ne savent pas pourquoi ils sont là, pourquoi on leur apprend certaines choses et pas d’autres. Les profs ne font pas le lien entre ce qu’ils enseignent et l’utilité que cela peut avoir pour les élèves. Plus interpellant encore, les profs n’essayent jamais de donner du sens aux comportement des élèves, d’analyser leurs réactions en fonction d’interactions et du contexte particulier dans lesquels elles ont lieu. On entend des "c’est des petits merdeux qui foutent le bordel" ou des "il a pété les plomb" sans chercher plus loin. Pourtant, le film montre bien que ces jeunes n’agissent pas de façon aléatoire....

"on n’y arrive pas", normal, quand on ne sait pas où on veut aller et comment s’y rendre...

Pas besoin d’avoir lu Kafka pour savoir que les choses qui n’ont pas de sens ne mènent à rien. L’éducation n’échappe pas à cette règle. Les sociétés modernes n’ont-elles plus de projets pour leur enseignement ? Loin s’en faut et c’est justement le problème. L’Ecole est LE lieu d’apprentissages commun à tous les jeunes et on voudrait en faire le lieux de tous les apprentissages : savoirs, savoirs-être, savoirs-faire, citoyenneté, codes sociaux, civismes, efficacité économique... trop chargé le programme ?

Pour moi, il est surtout trop dispersé et trop touché par la spécialisation et les particularismes. Confus et contradictoire, plus personne n’ose plus se positionner par rapport aux objectifs que l’Ecole doit avoir pour ceux qui la vivent, d’où cette perte de sens...

Pourtant, la finalité de l’école est simple et clair à la base : amener les être humains frais émoulus à devenir eux-mêmes, à se forger un identité grâce aux expériences et rencontres qu’ils feront. Pour en faire dès aujourd’hui des éléments constitutifs de notre espèce si particulière : le genre humain. Tout professeur est donc là pour amener les jeunes à comprendre le monde dans lequel ils vivent, en commençant par celui qui leur est le plus proche : leur école... pour les amener petit à petit vers ce qui leur est encore inconnu, le trésor amassé générations après générations : l’ensemble de la connaissance humaine !

Tout autre objectif est réducteur !
- Former de futurs travailleurs efficaces ? Qui sait ce que sera l’efficacité demain.
- Donner le sens civique à notre jeunesse ? De toute façon, une fois adulte, elle fera ce que bon lui semble et c’est normal !
- Apprendre à reproduire la société actuelle ? Et si on laissait aux jeunes la chance de pouvoir améliorer les choses.

Cette idée simple a pourtant beaucoup de mal à s’imposer et à trouver des défenseurs parmi les enseignants et ceux qui pensent l’école. Pourtant dans l’Education non-formelle, dont les OJ font partie, on a compris ce principe depuis longtemps et on s’attelle à l’appliquer avec des méthodes différentes de celle de l’éducation formelle qu’est l’Ecole, biensûr.

Et ça me fait bondir de voir que ce n’est pas le cas ailleurs !.

Dominique VITRY
dvitry@cjc.be