On n’enferme pas un enfant !

Ce 12 août célèbre la 18ème journée internationale de la jeunesse. En lisant la thématique de l’année et les objectifs de l’ONU pour cette journée de la jeunesse je ne peux m’empêcher de réprimer un rictus sarcastique. D’abord, le programme de développement durable souligne la nécessité de fournir un espace pour une urbanisation inclusive et durable. Ensuite, le nouvel agenda urbain réitère le besoin d’espaces publics pour les jeunes afin de leur permettre d’intéragir avec la famille. Pour finir, le programme d’action mondial pour la jeunesse donne la priorité à la fourniture d’activités de loisirs essentielles au développement psychologique, cognitif et physique des jeunes.

Je lisais récemment que d’un jour à l’autre, notre gouvernement compte enfermer des enfants de parents sans titre de séjour légaux dans le nouveau centre fermé pour famille. Mon rictus s’amplifie, je dois rire ou pleurer ? C’est sûr que ce centre fermé est probablement construit pour fournir « un espace d’urbanisation inclusive et durable » où les jeunes vont pouvoir « intéragir avec leur famille ». Et puis surtout cette politique donne vraiment « la priorité aux activités de loisirs essentielles au développement psychologique, cognitif et physique des jeunes. ».

Il y a plus d’un mois, 281 organisations ont signé un appel au gouvernement « On n’enferme pas un enfant point » à l’initiative de l’UNICEF et la plateforme des Mineurs en Exil. Fin juin, un collectif d’activistes a décidé d’interrompre un jour le chantier du centre fermé avec une belle couverture médiatique de l’action. C’est vraiment positif de voir cette mobilisation collective associative et individuelle intersectorielle, dépassant tout clivage idéologique pour soutenir une cause qui nous semble juste humaine. Pourtant là, je ne ressens que de la frustration. Rien ne change, le Ministre Francken continue imperturbable son projet d’enfermer les enfants avec leur famille dans ce nouveau centre, dérogeant aux droits de l’enfant qui imposent de ne pas aller à l’encontre du principe de l’intérêt supérieur de l’enfant. Il a encore annoncé dans la presse que la solution était de fermer le parc et de renvoyer les migrants chez eux. Faut-il rappeler au Ministre que la détention d’un enfant a des impacts négatif sur leur développement, leur santé et leur bien-être ?

281 organisations ça me semble rassembler beaucoup de monde. Je me demande ce qu’on peut encore faire pour renverser la vapeur ? J’ai du mal à me dire qu’en tant que Ministre on devient soudainement inhumain, au nom de l’efficacité ou du pragmatisme. En me mettant à leur place, je me dis que oui, ça doit être compliqué de se retrouver face à la misère et détresse de ces pauvres personnes fuyant des situations compliquées dans leur pays mais est-ce une manière de gérer cette complexité en les enfermant ? Est-ce que si je vois une personne dans le besoin, je lui tourne le dos, je ferme ma porte, je détourne les yeux ou j’appelle mon voisin pour l’enfermer loin de moi pour ne plus le voir et supporter sa souffrance tout ça parce que j’ai aussi des bouches à nourrir moi aussi ? Après tout, loin des yeux, loin du cœur…

Je travaille dans le secteur des organisations de jeunesse. Ces dernières ont pour objectif de former quotidiennement des jeunes à devenir des CRACS – citoyens, responsables, actifs, critiques et solidaires. Aujourd’hui en cette journée de la jeunesse, j’ai l’impression que l’on rame à contre-courant alors que le gouvernement fédéral ne semble faire preuve d’aucune citoyenneté, humanité ou solidarité face à ces enfants de parents sans papiers. Du coup, j’ai juste envie de répéter, crier, m’époumoner : « On n’enferme pas un enfant point. » j’espère que le vent l’emportera… et que tout disparaitra…

— > Vous pouvez vous mobiliser contre l’enfermement des enfants en suivant cet evenement sur www.facebook.com

Nadia Cornejo
Secrétaire Générale
0496/317 259
ncornejo@cjc.be

Publié le samedi 11 août 2018 à 17h02 dans La Libre : www.lalibre.be